chapitre 1

Publié le par chroniquesdrydanes

 

La pièce avait beau être illuminée et réchauffée par un splendide soleil d'été, l'odeur rance de la gangrène commençait à prendre à la gorge. Eleon, le maistre d'hôtel, appela un page d'un signe de la main et lui ordonna d'ouvrir les fenêtres de la petite chambre située au sommet de la tour principale du château de Pernsmouth. Un air frais et marin s'engouffra dans la salle et chassa les relents de pourriture.

Les cris de mouettes et le bruit des vagues s'écrasant contre les rochers couvraient à peine les sanglots de la princesse Béale, recueillie aux pieds du lit de son défunt père, le roi Merces 2.

Le regretté roi gisait au milieu d'un vaste lit en baldaquin rouge azur- couleurs du royaume de Nakilène -plus pâle que ses draps de soie tachés d'humeurs, telle une momie que l'on venait d'exhumer de sa tombe ancestrale. Sa peau parcheminée et jaune couvrait un corps squelettique aux membres ratatinés par la maladie. Ses grands yeux bleus à demi-ouverts, à jamais indifférents aux proches qui l'entouraient, fixaient déjà les portes de l'autre monde.

Les principaux personnages du royaume étaient là , serrés les uns contre les autres et vêtus de leurs plus belles armures d'apparat, avec la mine grave et recueillie qu'impose ces moments solennels. Ils avaient assisté en silence aux dernier souffle du roi et comme l'imposait les usages tous avaient effectué les gestes rituels pour accompagner sa dépouille sur l'Aléa, le seuil des Portes Drydanes où l'attendaient les gardiens ataquis.

Un grand roi s'en allait rejoindre ses ancêtres. Merces 2 « Le Charitable » avait fait du royaume de Nakilène une grande puissance commerciale.

Jeune prince inexpérimenté il avait réussi à vaincre les seigneurs rebelles pour se maintenir sur le trône quitte à faire décapiter sa mère, la veuve Benilla, l'instigatrice du complot. Merces 2 héritait d'un royaume pauvre, morcelé et rural, aux marches d'un empire Toldien en pleine expansion territoriale.

Merces réalisa que s'il voulait survivre aux côtés des puissants empires voisins il lui fallait un vrai royaume et non une succession de baronnies sans cesse en conflits et hostiles à l'exercice d'un pouvoir centralisé. Ainsi il fit prospérer les zones côtières au détriment des terres intérieures, moins peuplées et peu fertiles. Cette concentration de plus de sept millions d'âmes eu l'avantage de renforcer le sentiment insulaire autour du noyau de la royauté encore fragilisé à la fin de la guerre civile. Deux de ses principales réformes furent de généraliser à la cour l'usage de la langue akilienne et d'ajuster sa monnaie sur celle de l'empire Told, des mesures au début très impopulaires mais qui au final ajoutèrent à la cohésion du royaume. Alors que des famines endémiques décimaient régulièrement sa population, Merces fit reculer les forêts au profit d'espaces agricoles vastes et bien irrigués et il limita à un taux raisonnable le court des prix du blé. Les mines du nord, sous exploitées jusqu'à lui, connurent une profonde restructuration. Elles constituaient à présent la première ressource du pays grâce à un solide réseau de marchands prospères et puissants regroupés en guildes autour des ports et des principales villes minières, telle la richissime Venedor.

Dans le domaine administratif il développa une machine efficace, le chambellan et son cabinet rédigeant et expédiant les décisions royales aux quatre coins du pays , exécutées par l'intermédiaire de leurs représentants locaux, les mercers.

Son éclat de génie politique fut d'une part d'attribuer à la noblesse des terres éloignées les unes des autres pour éviter toutes concentrations hostiles à son pouvoir, leçons retenues de sa jeunesse, et d'autre part de pardonner la trahison de nombreux seigneurs rebelles pour éviter des véélités de vengeance.

Pourtant son seul et cuisant échec risquait de mettre à mal ce glorieux héritage: il n'avait pas d'héritier mâle. Malgré tous ses efforts et les sommes immenses versées aux métabolistes la reine Elena n'avait enfanté qu'une unique fille, la princesse Béale.

 

 

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