Prologue suite

Publié le par chroniquesdrydanes

 

  • un peu moins de bruit là dedans ! vociféra le comptable Benefel , sa grosse tête ronde perlée de sueur penchée sur son livre de compte.

Avec un tel brouhaha il était difficile de se concentrer sur ses calculs. C'est qu'il y avait du monde ce matin, beaucoup plus de mineurs qu'à la coutumée. Une sale journée en perspective avec à la clef une bonne migraine se dit il en inscrivant sur les pages à l'aide de sa plume, ligne après ligne, le montant des transactions effectuées.

Sous son nez défilait sans cesse des pépites de différents métaux analysés par les géologues royaux

qu'il devait peser et échanger contre monnaie sonnante et trébuchante selon les cours en vigueur.

Benefel s'autorisa une courte pause pour regarder la longue file de mineurs en guenilles alignée devant lui. Les visages marqués par une inquiétude ténue ils paraissaient tendus, les mains crispées sur le fruit de leur pénible labeur. A l'aide d'un mouchoir Benefel s'épongea le front. La chaleur écrasante de l'été allait devenir insupportable et la journée ne faisait que commencer.

La perception des métaux s'effectuait mensuellement au pieds des mines ou sur les places des villages, toujours à l'extérieur quelque soit le temps. Un travail incommode pour le petit groupe composé de gardes, d'un comptable et d'un délégué aux Caisses. Surtout par grand froid ou par canicule.

Mais pour compliquer leur tâche de mauvaises rumeurs circulaient depuis quelques temps au sein des communautés minières regroupées autour de Venedor. Des pionniers s et des sapeurs disparaissaient dans les entrailles de la terre; d'autres étaient remontés à la surface complètement fous, les yeux exorbités et les bouches grandes ouvertes. On parlait de hurlements lugubres suivit d'effondrements de tunnels; certains apothicaires ou rebouteux de Venedor avait même rapporté que plusieurs mineurs avaient eu les mains brûlées par des pépites maudites.

En un mois la production avait chuté de près de 30 pour-cent et le phénomène s'accélérait.

Le Duc Chambol avaient tenté de rassurer la population en envoyant sur le bûcher une dizaine de sorcières dénoncées sur des accusations douteuses voire farfelues et de leur côté les guildes avaient engagé nombre de mercenaires pour escorter les mineurs, mais , très superstitieux, ces derniers rechignaient de plus en plus à retourner creuser la roche au risque d'y laisser leurs vies. Les abandons et autres démissions se multipliaient, la ville se vidait de ses habitants.

Ainsi ces pauvres bougres puisaient dans leurs fonds de tiroirs ou dans leurs cachettes secrètes la maigre poignée de pépites destinées à la survie de leurs familles. La misère et la faim guettait Venedor.

Benefel pesa deux petits morceaux de roche sur sa balance et fit un rapide calcul: 10 sols et 4 deniers moins les 1/12eme de taxes soit 6 sols et 4 deniers, autant dire rien du tout. Le comptable secoua la tête de dépit , les plus miséreux en étaient réduits à vendre des métaux de mauvaise qualité. Il annonça la somme à voix haute et à sa droite le délégué aux caisses prit l'argent dans un coffre pour le remettre mineur. Celui ci examina les pièces brillantes déposées dans sa main noire et déformée par des milliers d'heures de pioche. Il savait que cela ne suffirait pas à nourrir sa famille ne serait ce qu'une semaine. Le mineur resta planté devant les agents royaux à observer son gain, hésitant. Dans la file on commença à s'impatienter, un peu partout des têtes se penchaient sur le côté.

  • suivant ! Beugla Benefel pour accélérer les choses. S'ils finissaient avant le début de l'après ils s'en tireraient bien.

Alors qu'un autre mineur allait prendre sa place l'homme revint au niveau de Benefel et frappa des deux mains sur la table. L'encrier, le registre des comptes et les pièces contenues dans le coffre sursautèrent.

  • je sais des choses, je sais des choses répéta t il implorant, des choses qui valent de l'or.

Deux gardes placés sur chaque côté de la table s'avancèrent pour se saisir de l'opportun mais le comptable leva une main pour les arrêter.

En tant que représentant du duc il disposait de plusieurs prérogatives dont celle du pouvoir de police sur ses administrés. Il pouvait donc librement interrogé le mineur.

  • quelles choses ? Demanda t il , curieux. Explique toi vite, je n'ai pas que ca à faire.

En ce bas monde, il le savait, tout ce monnayait et si quelque chose pouvait le permettre de ne plus se taper des voyages itinérants de mine en mine il y mettrait le prix.

 

Le mineur regarda autour de lui, mine de dire qu'il préférait un entretien privé, mais Benefel qui détestait perdre son temps sous une chaleur croissante l'invita à tout déballer d'un coup de menton.

  • j'ai vu des hommes au fond de la mine 47, je pense que ce sont eux qui sont les coupables déclara t il tout bas.

L'attention des gardes, du trésorier et des premiers mineurs de la file se porta immédiatement sur lui. Car tous savaient que les filons de la mine 47 était épuisés depuis des dizaines d'années. Condamnée par un éboulement personne n'y allait. L'homme en avait trop dit pour le laisser partir et pas encore assez pour le prendre a part. Benefel se frotta la joue, perplexe. Le mineur ne lui laissa pas le temps d'anticiper.

  • je sais par où ils passent. Ils sont quatre, grand et maigres, tous en noirs avec des masques qui brillent. Je peux vous montrer le passage contre quatre louis d'or.

    La queue de mineurs s'agita, certains sortirent du rang pour se rapprocher d'eux mais les gardes, épées sorties firent barrage. Le trésorier royal jeta des regards perplexe à Benefel.

    En quelques mots ce miséreux venait de foutre sa journée en l'air.

 

Celui qui empocha les Louis d'or fut le bourreau pour la qualité du travail accomplit. Il n'eut aucun mal à faire parler le pauvre mineur qui indiqua entre râles et giclées de sang l'emplacement du mystérieux passage. Le duc Chambol ,en voyage diplomatique, fut alerté par messagers. Le seigneur désigna son fils, le baron Krol pour selon ses termes «  arrêter les brigands des mines et restaurer l'ordre royal » avec les pleins pouvoirs. Le baron était un jeune homme intelligent et encadré de serviteurs compétents mais il manquait d'initiative. La rumeur allant plus vite que des messagers à chevaux une foule de mineurs en colère décidée à lyncher les responsables de leur faillite se massa aux portes de la mine et y entra par petits groupes dispersés. Quand le baron eu enfin l'idée d' interdire les accès à la mine sous peine de mort il était déjà trop tard.

 

Tourgul guidait son groupe le long des artères de la mine, leurs ombres fugaces glissant sur les parois de roche. Plus ils s'avançaient dans les tréfonds de la vieille montagne plus la chaleur grimpait. Aucun d'eux ne connaissait cette mine, elle était fermée bien avant leurs naissances, mais en tant que mineurs aguerris ils évoluaient sans difficulté. Leurs yeux étaient habitués à l'obscurité , leurs souffle adapté au manque d'air, ils ignoraient les sensations étouffement. Tous cependant souffraient d'un autre mal, plus pernicieux , le manque d'argent. Dans la région seules les mines des monts nordels comptaient comme employeurs, elles constituaient la principale richesse du royaume de Nakilène et alimentait une grande partie des exportations de fer, d'acier et d'argent vers l'empire Told. La baisse de leur activité avait généré un important affaiblissement des revenus sans oublier la crainte constante de périr dans des circonstances atroces. Le massacre des coupable rimait avec la fin des attaques et des disparitions, le retour au plein emploi et à une vie normale. Les heureux élus seraient accueillis en héros. Tourgul regarda ses camarades. Leurs armes dérisoires : pioches, pelles ou morceaux de poutres, n'étaient rien en comparaison de leur détermination inébranlable.

Les flammes des torches vacillèrent un instant au détour d'un petit boyau, projetant sur leurs visages émaciés un ballet que se disputait l'ombre et la lumière. Un courant d'air doux s'en échappait, le passage existait bel et bien.

Leurs gorges se nouèrent, les mains resserrent leur étreinte sur les manches des armes. Ils décidèrent de remonter ce boyau. Un à un ils s'y engagèrent à quatre patte. Progresser ainsi devint plus fatiguant, d'autant plus qu'à certains endroits le tunnel rétrécissait et qu'il fallait ramper contre la roche rugueuse pour passer, quitte à s'écorcher au passage mains et visage.

Après une traversée harassante ils perçurent au bout du boyau un reflet. Intrigué Tourgul, placé en tête, s'avança torche en avant.

Le reflet était celui de la lumière émise par leurs torches sur un masque en or. Un masque qui n'avait que deux trous au niveau des yeux.

Des yeux qui s'ouvrirent

Les hurlements des mineurs remontèrent le boyau à la vitesse du son et moururent quelques dizaines de mètres plus loin.

 

 

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